Contre la charte des Gilets Jaunes – 1ère partie


J’ai pris connaissance de la charte des Gilets Jaunes sur Facebook. Il suffit qu’un de vos « amis » aime ou commente l’envoi de quelqu’un (un « statut » dans le langage de ce réseau) pour que cet envoi apparaisse sur les propositions de lecture qui défilent devant vous lorsque vous vous y promenez.

Je ne sais si les Gilets Jaunes ou même si une partie d’entre eux connaissent l’existence de cette charte, ni s’ils l’approuvent ou la désapprouvent et dans quelles proportions. A vrai dire, lorsque j’ai formé le projet d’en commenter les 25 articles, je me suis dit que c’était une bonne occasion de m’exprimer à mon tour, car la plupart des sujets y sont abordés.

Oh ! C’est sans grand souci de rhétorique. L’essentiel est affiché au voisinage de l’accessoire. Dans l’ensemble, tout m’a paru contestable. Hautement contestable ou assez contestable, mais à ne conserver tel quel en aucun cas, lorsqu’il s’agira de sortir ce pays de l’ornière dans laquelle il se trouve.

Ma seule parenté avec les Gilets Jaunes, c’est que les paroles gouvernementales me mettent en fureur. Les personnes qui les prononcent sont enfermées dans un discours qu’elles ont construit au fil du temps, à partir duquel elles sont devenues étanches aux réalités de la vie des gens de ce pays. Il s’agit du discours du pouvoir, plus ou moins le même quelles que soient les alternances. C’est que ce pouvoir n’exerce plus qu’une seule responsabilité, en fin de compte, qui est de payer les salaires des fonctionnaires et les dépenses sociales, en trouvant les ressources nécessaires – lesquelles augmentent constamment – là où il peut. C’est la raison pour laquelle il est occupé par des administratifs et des gestionnaires, dépourvus depuis longtemps de tout projet politique véritable.

En réalité, il en est de même des oppositions, lesquelles se jettent sur le mouvement des Gilets Jaunes pour en tirer parti, car elles voient bien que leur propre discours n’intéresse pas davantage les gens. Ses membres ne croient plus en grand chose, si ce n’est en leur désir d’exercer à leur tour le pouvoir un jour, pour jouir de ses privilèges et de ses honneurs. En attendant, ces oppositions travaillent le marché du mécontentement, chacune essayant d’en grappiller la plus grande part possible.

Faut-il en conclure que, puisqu’ils sont tous pourris, il n’y a rien à faire ? Non, j’en conclus pour ma part que puisqu’ils sont tous perdus, il faut chercher ailleurs. Ce n’est pas ce que fait cette charte, car elle puise un petit quelque chose dans chacun des discours, ou dans chacune des couleurs de l’arc-en-ciel …

Toujours est-il qu’elle parle de tout, si bien que d’y répondre, c’est pour moi l’occasion de dessiner les contours de cet ailleurs, où il est bien nécessaire, sinon vital, d’aller aujourd’hui.

Cette charte est divisée en 4 parties : économie/travail, politique, santé/écologie et géopolitique. Je publierai donc ma réfutation en adoptant ces quatre parties.

Des Etats Généraux ou un débat national qui traitent de la fiscalité indépendamment des autres sujets, cela n’a pas de sens. La fiscalité est une conséquence du rôle de l’Etat, de la forme de la démocratie, des principes de gouvernement. Tout cela doit être repensé aujourd’hui. De plus, on ne peut limiter les recettes de l’Etat sans limiter aussi ses dépenses. La Constitution devrait imposer à l’Etat l’équilibre budgétaire, à supposer que le remède à la calamité nationale que nous vivons puisse se contenter de n’être qu’un toilettage de la Constitution.

Les deux dernières demandes portent sur les dépenses sans évoquer les recettes. Elles correspondent à la logique selon laquelle les citoyens s’en remettent à l’Etat pour trouver des solutions. Le budget de l’Etat, ses dépenses et ses recettes, chacun en est responsable dans une véritable démocratie.

Le SMIC est la principale cause du chômage, en particulier du chômage des jeunes et des personnes peu qualifiées. Plus il augmente et plus il est difficile à ces personnes de rapporter à un employeur au moins ce qu’elles lui coûtent. Il faut au contraire diminuer le SMIC jusqu’à un seuil très bas afin que chacun trouve un travail. Même peu payé, un travail vaut mieux que de ne rien faire. Lorsque tout le monde est au travail, les salaires augmentent. A ce moment là, les minima sociaux ne sont plus nécessaires.

Quant aux retraites, c’est un sujet qui n’est pas du même ordre. Une retraite n’est pas une aumône, mais un droit. Il faudrait que son montant soit davantage lié aux choix individuels.

Les minima sociaux servent à fournir un revenu de subsistance à ceux qui n’ont plus aucune ressource. Cela entraîne bien des effets pervers, en particuliers une sorte de dépendance qui finit par altérer les aptitudes des personnes concernées à trouver des solutions par elles-mêmes. En réalité, plus leur niveau est élevé et plus ces effets pervers sont importants. Il ne faut donc pas les augmenter inconsidérément et il faut encore moins envisager un revenu universel qui les généraliserait. Bien au contraire, il faudrait réussir à s’en dispenser totalement un jour

C’est exactement le contraire qu’il faut faire. Embaucher massivement des fonctionnaires, c’est ce que la France fait depuis 1981, sans discontinuer et en pure perte. Faut-il continuer comme cela ? Ce n’est pas vrai qu’il faut davantage de personnels pour assumer les services dont s’occupe aujourd’hui l’Etat. Toutes les entreprises produisent davantage chaque année que la précédente avec moins de moyens, sans épuiser pour autant leurs personnels, mais en s’organisant mieux et en investissant. La vérité c’est que l’Etat est un très mauvais employeur, qui entraîne ses fonctionnaires d’un échec à l’autre.

Avant de développer ce sujet. Il faudrait savoir si l’Etat doit vraiment continuer à s’occuper de tout cela. A supposer même qu’il faille lui laisser un rôle dans ce qui n’est au fond qu’un ensemble de services, pourquoi ce rôle devrait être régi de manière centralisée ? L’idée qu’il n’y a qu’une seule manière d’éduquer, de soigner, de communiquer, de se déplacer est périmée. Il faudrait un système dans lequel toutes les innovations possibles puissent avoir leurs chances. Cela n’est possible que si les bonnes idées et les risques pris pour les mettre en œuvre sont récompensés. Une économie administrée et étatisée ne sait pas le faire.

C’est l’ensemble des règles d’urbanisme et d’encadrement de la construction qui sont responsables de la cherté des loyers. C’est aussi la masse des règles d’encadrement des loyers et de protection des locataires. Si tout ceci était démantelé, le secteur privé serait capable de produire suffisamment de logements et les prix baisseraient naturellement. Il faut retirer l’Etat et l’administration du secteur du logement, car cela ne sert aujourd’hui qu’à encourager le clientélisme, voire dans certains cas, une forme de corruption.

On ne redynamise pas l’économie par l’embauche, mais en mettant sur le marché des produits et des services dont les gens ont besoin ou envie. C’est ce que démontrent tous les pays qui jouissent du plein emploi, car l’Etat y est considérablement moins présent qu’en France. Celle-ci bat tous les records dans ce domaine, depuis longtemps et sans que sa situation ne s’améliore. Il ne faut pas faire plus de la même chose, en s’imaginant que cela améliorera la situation.

Quant à l’idée de punir lourdement les maires et les préfets, elle jette une ombre singulière sur l’état d’esprit des auteurs de cette proposition. Nous sommes dans un système qui pratique massivement la sanction et la récompense. Cela ne marche pas. Les personnes qui exercent des responsabilités grandes ou petites n’en peuvent plus d’un tel système de méfiance généralisée, lequel finit pas construire une société dans laquelle plus personne n’a de l’estime pour personne. C’est la réflexion de fond à avoir : comment faire pour que chacun assume ses responsabilités parce qu’il y croit et qu’il en est fier et non parce qu’il a peur de la sanction ou qu’il court après une promotion ?

Le sujet de tous ces verbes à l’infinitif semble bien être l’Etat. Il faut cesser d’augmenter le pouvoir de réglementation et de contrôle des institutions. Tout ce qui est écrit ici donne l’impression que pour les auteurs de ce texte, les banques sont responsables des malheurs de la population. Cela reste à démontrer. D’une manière générale, le principe général d’encadrement d’une profession devrait être que les instances de contrôles et de régulation soient issues de la profession elle-même. L’Etat possède aujourd’hui des agences de contrôles et de régulation en grand nombre, qui s’occupent de tout. Elles constituent des mines d’or pour leurs heureux dirigeants qui finissent par former une sorte d’aristocratie d’Etat aux privilèges invraisemblables. Il faut démanteler ce système et non le renforcer.

La première responsabilité économique de l’Etat, c’est de faire en sorte que les contrats soient respectés. En particulier, l’Etat se doit de respecter sa propre signature. Ce n’est pas vrai que la dette a été remboursée plusieurs fois. L’Etat s’est contenté de faire en sorte que la signature de la France soit respectée dans le monde entier. Il faut au contraire continuer à rembourser la dette avec la rigueur qui a été observée jusqu’ici. La dette de la France est équivalente à son PIB, aujourd’hui. C’est beaucoup trop.

Il faut faire machine arrière et pour cela, au lieu d’augmenter les responsabilités, prérogatives et périmètres de l’Etat, ce qui est la conséquence de toute nouvelle interdiction, il faut aller en sens inverse. En effet, tout ceci augmente les dépenses et donc mécaniquement les impôts.

Aujourd’hui, si la France cessait de rembourser sa dette, plus personne ne lui avancerait de l’argent. L’Etat ne serait plus capable de payer les salaires et les prestations sociales. Ce serait la misère et l’émeute généralisées à très brève échéance, tellement ses responsabilités sont étendues.

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On le voit, l’application de ces 6 premiers articles mènerait le pays directement à la catastrophe. Les remèdes que j’esquisse ici ne sont proposés en France par aucune des formations politiques ayant une part d’audience significative. De temps en temps, l’une d’entre elles en traite une autre de libérale, ultralibérale ou néolibérale, sur le ton de l’invective, comme si c’était l’injure suprême. Pourtant les propos d’aucune d’entre elles ne se rapprochent même de loin des idées libérales, qui n’ont en réalité plus été tentées en France depuis fort longtemps. Or ce sont les intellectuels de ce pays qui les ont théorisées au XIXème siècle. Ces idées sont l’héritage le plus précieux de la culture française de ce temps et non, comme on le croit généralement une création anglo-saxonne.

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