Contre la charte des Gilets Jaunes – 4ème partie


Je ne sais pas quelle est la proportion des personnes ayant manifesté vêtues d’un gilet jaune qui est informée de l’existence même de cette charte que je commente ici. Je connais encore moins la proportion de celles qui l’approuve. Nous n’avons pas beaucoup entendu dire que la question de la politique étrangère de la France ait beaucoup été débattue sur les ronds-points de ce pays. Pourtant, cette charte contient une 4ème partie qui en traite. Examinons cela de plus près.

Ces deux idées sont bien différentes entre elles. Je commence par remarquer que la définition d’une ligne politique passe encore une fois par une interdiction. L’interdiction est un acte de pouvoir. Nous comprenons de plus en plus que le texte cherche à substituer un pouvoir absolu à un autre de même nature.

Sur le fond, cette interdiction d’engager l’armée française dans des guerres d’agression ne fait que saper la défense du pays : il peut être nécessaire de lancer parfois des attaques préventives, afin de s’éviter de longues et pénibles manœuvres défensives ultérieures.

Pourquoi lier la volonté bien naturelle de ne pas voir son pays se lancer dans des campagnes agressives et celle, a priori bien différente, de le voir sortir de l’OTAN ? Il est vrai que la Russie considère cette organisation comme étant agressive. Ainsi, lorsque l’OTAN a installé une batterie de missiles anti-missiles dans les pays baltes, ce fut considéré par Moscou comme une action hostile, alors que ce sont des équipements défensifs. Ne pas permettre une agression, c’était une agression …

L’Europe est malheureusement incapable à l’heure actuelle d’assurer sa défense seule, c’est-à-dire sans les Etats-Unis. Ceux-ci voudraient que nous contribuions davantage à notre défense. Dans le même temps, ils s’opposent à ce que la défense de l’Europe prenne la forme d’une armée européenne. Le paradoxe n’est qu’apparent car la combinaison de ces deux idées, c’est celle du maintien des alliés des Etats Unis dans la position de dépendance envers leur protecteur.

Hélas, les menaces qui pèsent sur l’Europe sont réelles, car la Russie est en train de nouer une alliance avec la Chine, dont l’objectif est ouvertement de favoriser le modèle totalitaire de gouvernement au détriment du modèle démocratique. Certes nos démocraties sont imparfaites, mais elles restent préférables au totalitarisme. Pour l’instant, nous ne pouvons pas sortir de l’OTAN.

Il circule une théorie du complot selon laquelle le mouvement des Gilets Jaunes serait noyauté – dans les réseaux sociaux du moins – par la Russie. Je ne sais ce que vaut cette théorie. Il est néanmoins exact que cet article sur l’OTAN et celui sur le Frexit ont pour conséquence l’affaiblissement considérable de la France et de l’Europe. Un tel affaiblissement laisse le champ libre à toutes les agressions extérieures.

A partir du moment où sont inscrits des articles si ouvertement contre les intérêts du pays, la tentation est forte de penser que l’agresseur potentiel cherche à nous intoxiquer. Il tirerait parti d’une révolte spontanée qui secoue le pays pour miner de l’intérieur un adversaire potentiel. Les mots d’ordre du mouvement des Gilets Jaunes ne portent pas sur la politique étrangère. Pourquoi donc ce thème figure-t-il dans cette charte ? Les conceptions qu’elle véhicule paraissent leur être attribuées. L’intention est-elle d’orienter le mouvement dans un sens donné ?

Je ne sais pas si tout cela est très actuel. Ce sont les kleptocrates qui doivent rendre l’argent et non la France. Il y a eu deux « ingérences » militaires récentes de la France en Afrique. Ce fut la campagne du Mali qui a empêché que le nord de ce pays ne devienne une république islamique et ce fut l’intervention en République centrafricaine qui a permis de mettre un terme à une guerre civile atroce et potentiellement génocidaire. Il n’y a pas eu d’intervention très importante en Syrie, si ce n’est une participation à la guerre contre Daesh menée par les Américains. Les conséquences de la guerre d’Irak, menée par Georges Bush dans le but de faire de ce dernier pays une démocratie, furent désastreuses. C’est sans doute cet échec qui a dissuadé Barak Obama de se lancer dans une guerre similaire en Syrie. On ne peut pas dire que ce fut une erreur. En revanche, il est déplorable que la conséquence de cette décision fût l’intervention russe auprès du régime syrien.

L’Afrique vit une croissance sans précédents depuis de nombreuses années. Il n’est pas exact qu’elle soit maintenue uniformément dans la pauvreté. Il n’est pas sûr non plus que nous l’aidions beaucoup, ni que nous devions l’aider : ou bien notre aide est détournée par les dictateurs à leur profit, ou bien, lorsqu’elle est gérée par des organisations environnementalistes, elle maintient les pays concernés dans une agriculture de subsistance ce qui empêche tout développement véritable.

Aujourd’hui, ces organisations aggravent encore leur insistance pour que l’Afrique reste pauvre, en prétendant limiter l’usage d’énergies fossiles comme mesure accompagnant chacune de leur intervention Or cette limitation est le plus sûr moyen d’empêcher complètement toute perspective de croissance.

La Chine investit considérablement dans une grande majorité de pays africains et elle devient la puissance dominante. Nos complexes d’anciens colonisateurs laissent grande ouverte la porte à une nouvelle forme de colonisation d’ampleur considérable. Je ne sais pas quelle est la bonne réponse. Nous devrions poser la question aux Africains concernés.

J’ai pris connaissance de cette charte sur Facebook parce qu’une de mes amies l’a commentée. Le commentaire portait uniquement sur cet article. C’est que le thème de l’immigration, lorsqu’il est utilisé pour dire qu’il faut y mettre un terme, est immédiatement relié à l’extrême droite. Dans l’esprit de cette jeune amie, ce N°24 devait être lu comme un marqueur permettant de situer ce mouvement dans cette partie là de l’arc-en-ciel politique. Nous avons vu que tous les articles sont critiquables et qu’une grande partie d’entre eux permettrait de situer les gilets jaunes à gauche, voire à l’extrême gauche, d’autres en font de grands conservateurs.

Je trouve que cet article sur l’immigration est formulé de manière très modérée. Il n’est pas contre l’immigration. Il dit que la France n’est pas capable de réussir une politique d’immigration à l’heure actuelle, compte tenu de l’étendue de ses problèmes. Il définit ces problèmes comme représentant une crise de civilisation. Je ne crois pas que l’on puisse y objecter grand chose. Le principal défaut de cette thèse est de ne pas considérer que ce problème doive être résolu impérativement. L’immigration est nécessaire à la France, voire indispensable. D’ailleurs tout indique qu’elle se poursuivra inexorablement dans un avenir prévisible.

La France souffre d’une certaine incapacité à réussir l’intégration des immigrés. Pour s’en convaincre, regardons un peu l’histoire récente de cette immigration. Les immigrés du Maghreb sont arrivés en France dès les années 60, voire plus tôt encore. Ils ont construit toutes les infrastructures de ce pays, ils ont produit tout ce qui en a fait la prospérité. Leurs enfants – la 2ème génération donc – furent considérés comme des étrangers, alors qu’ils sont nés ici. Ils n’ont pas pu se considérer comme faisant partie intégrante du pays car ce n’est pas ainsi qu’ils furent vus par les Français dits de souche. Quant à leurs enfants – ceux de la 3ème génération – ils n’ont plus rien à voir avec le pays d’origine de leurs grands-parents. L’ostracisme dont ils sont encore les victimes les met tout simplement en fureur. Nous pourrions raconter une histoire similaire au sujet de l’immigration subsaharienne.

Aujourd’hui il ne faut pas conseiller à un étranger à la recherche d’un pays d’accueil qu’il choisisse la France. Il faut laisser ce pays résoudre un peu ses problèmes d’abord. Pourtant, il aurait bien besoin d’apports extérieurs de toutes sortes, ne serait-ce que pour des questions démographiques. De fait, la plupart des étrangers qui arrivent ici ne font que passer, car ils ne voient pas comment franchir la Manche sans passer par la France. Il est vrai que bientôt, la destination britannique risque de ne plus être prisée ; alors les flux migratoires se modifieront une fois de plus.

Bien sûr, la formulation de l’article 24 souffre des mêmes errements que le reste de ce texte, en commençant par une interdiction : « Empêcher les flux migratoires », alors qu’il faudrait dire : « Apprendre à mieux accueillir les étrangers en France afin qu’ils s’y sentent bien et qu’ils aient envie d’y donner le meilleur d’eux-mêmes ».

Cela va sans dire. Mais est-ce que cette formule est là pour indiquer qu’il ne faut en aucun cas aller au-delà des engagements signés ? Les passages antérieurs traitant d’économie ou de politique étrangère favorisent une orientation générale de repli sur soi. Toujours est-il que cela ne tient pas lieu de politique étrangère. Que faut-il dire ici ?

La politique étrangère d’un pays est déterminée par sa politique intérieure. Elle est vouée à la défense du modèle de société du pays et, si cette défense passe par sa propagation, à la démonstration auprès des autres de l’excellence et de la supériorité de ce modèle. Ceci ne peut être considéré comme de l’ingérence, mais comme de la communication, au service des autres peuples.

Aujourd’hui, les tyrannies passent leur temps à intoxiquer les systèmes d’information et de communication mondiaux en propageant leur idéologie asservissante et mortifère. Si le modèle de la démocratie représentative n’a pas réussi à convaincre les autres peuples de sa supériorité, c’est qu’il ne garantit plus les libertés individuelles.

Avant de redéfinir une politique étrangère de l’Europe, il faudrait que ce continent soit à nouveau porteur d’un modèle de civilisation qui puisse prétendre à l’universalité. Elle serait alors en mesure de le défendre fièrement et de le propager sans complexes. Notre modèle de société à cessé d’être enviable. En réalité, nous ne sommes mêmes plus capable d’expliquer vraiment ce qu’il est, tellement ses fondations conceptuelles sont trahies par la réalité de nos vies quotidiennes.

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Conclusion Générale

Le consensus français, c’est que c’est l’Etat qui résout les problèmes. Lorsqu’il ne le fait pas, le peuple descend dans la rue et il explique à cet Etat ce qu’il attend de lui désormais. Cette charte est donc bien représentative du consensus français. L’Etat, c’est le détenteur de la souveraineté populaire : il ordonne, il interdit, il dépense, etc. Bref, ce mouvement ne propose aucun projet révolutionnaire, à supposer que cette charte en soit réellement représentative.

Peu ou prou, elle l’est sans doute. Encore qu’elle ait probablement été victime d’infiltrations car il y figure des thèmes qui n’ont été abordés dans aucun rond-point de France, ces derniers temps. Il est vrai que les teneurs des conversations qui s’y sont tenues n’ont pas beaucoup été relayées dans la presse. Celle-ci s’est contenté de décrire les actions qui y ont été menées, surtout lorsque ces dernières ont pris un tour violent ou catastrophique.

Toujours est-il que, pas plus que les autres paroles que nous avons entendues, la leur n’a cherché à concevoir une autre forme de gouvernement. Un gouvernement qui laisse chacun libre de mener ses projets, de s’épanouir, d’inventer, d’entreprendre, de vivre enfin. Tout devrait continuer à être réglementé et toute personne quelque peu enrégimentée.

La soumission de la population à cet ordre des choses passe par la dissémination de croyances insidieuses, laissant chacun dans le sentiment qu’il est faible, incapable et destiné à suivre les voies tracées d’avance pour lui par un certain ordre des choses contre lequel il ne peut rien.

Les soi-disant valeurs de la république, tous les discours les mentionnent sans jamais dire clairement ce qu’elles sont et comment on doit les comprendre aujourd’hui. Il est visible qu’elles ne réussissent plus à faire vivre ensembles les gens de ce pays en harmonie, c’est-à-dire en ayant le sentiment de partager un même destin et d’œuvrer en commun afin de l’accomplir. En réalité, tout le monde est en conflit avec quelqu’un en France. C’est que l’idée de liberté a déserté ce pays qui ne s’accroche plus qu’à une seule valeur, celle de l’égalité.

Or l’égalité est une fabrication intellectuelle, alors que la liberté est un droit naturel. Il faut d’abord honorer la liberté, la sienne et celle des autres, pour être respectable et respecté. Il faut laisser vivre en paix chacun comme il l’entend, à condition qu’il ne fasse pas de tort à autrui. Malheureusement, les libertés reculent en France et également un peu partout dans nos démocraties représentatives, en particulier, la liberté de penser.

Elle recule au profit d’idéologies qui n’hésitent pas à imposer le silence à toute voix qui s’oppose à elles. Cela a commencé par le politiquement correct aux Etats-Unis et cela se poursuit aujourd’hui avec l’idéologie décoloniale.

En Europe, un faisceau de croyances domine et se répand, au point que de ne pas y croire pourrait devenir aussi grave que ce l’était au moyen-âge de contester la religion chrétienne. Selon ce nouveau dogme, l’être humain doit baisser la tête et battre sa coulpe, car il est responsable de tous les maux dont souffre la nature. Il la mènerait à la catastrophe.

Cette nouvelle forme de religion prétend s’appuyer sur une science du climat, lui imposant d’exprimer des certitudes alors qu’elle n’est encore qu’incertaine et balbutiante. De toutes les hypothèses que cette science produit, les nouveaux prêtres érigent en dogme les pires, alors que l’écart entre les scénarios est de 1 à 8, au moins. Si le réchauffement climatique mesuré ne correspond pas à ces hypothèses pessimistes – c’est ce qui s’est produit ces 15 dernières années – ces nouveaux prêtres leur imposent de taire les chiffres. Je les nomme des prêtres, mais chacun comprendra qu’il s’agit des politiques et des environnementalistes ainsi que de leurs relais, qui vivent des peurs qu’ils nourrissent.

Il est devenu périlleux de s’opposer à cette imposture. Cela me paraît grave de jeter ainsi le discrédit sur la science. De proche en proche, toutes ses promesses, toutes ses avancées deviennent des dangers potentiels. Cette méfiance est aggravée par le discours ambiant que ce sont ses progrès qui ont abouti à dégrader la vie sur terre, alors que tout prouve le contraire. Finalement, l’idéologie qui se répand est profondément hostile à l’être humain et elle l’empêche de résoudre ses véritables problèmes.

Plus grave encore est le climat de terreur intellectuelle qui entoure ces questions. Au lieu d’exalter les vertus – pourtant prodigieuses – de ceux qui s’élèvent contre les courants dominants en réussissant à avoir raison contre tous les autres, le silence et la soumission deviennent l’ordre des choses.

Aujourd’hui, celui qui se permet d’écrire que les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes aptitudes dans tous les domaines est à peu près assuré de perdre son poste. Pourtant il s’agit d’une opinion. En temps normal, il devrait être possible d’y opposer une autre opinion. Pourquoi faut-il que la réponse soit la violence d’une exclusion professionnelle ?

Revenons à L’Etat français. Il fait partie de ceux qui ont poussé le plus loin la logique de la souveraineté absolue, conférée par la démocratie représentative. La souveraineté absolue entraîne la conséquence surprenante de l’instauration d’un régime tyrannique : la tyrannie de la majorité. Si pour atténuer la gravité de l’existence d’une telle tyrannie, on met en avant la possibilité d’alternances, cette réponse ne tient pas en face de la réalité : les différents courants politiques sont parfaitement consensuels quand il s’agit d’affirmer l’autorité de l’Etat et d’étendre ses prérogatives. De fait, au fil des alternances, l’Etat s’immisce de plus en plus dans tous les aspects de la vie, il en organise de plus en plus la surveillance et il en détermine de plus en plus toutes les modalités, en entrant dans les plus grands détails.

Ce faisant, il détourne une part de plus en plus grande des revenus de ses citoyens et ceux des générations futures au profit d’objectifs de plus en plus incontrôlables : c’est une logique folle qui se poursuit, chaque mesure entraînant des conséquences indésirables inattendues, auxquelles il faut faire face en prenant d’autres mesures qui fonctionnent de la même manière. Les mesures et les contre-mesures se traduisent toutes par des dépenses, par l’installation d’agences, d’observatoires, d’organismes de régulation et de contrôles, etc. Il faut arrêter ce train fou et laisser s’éteindre cette logique en démantelant peu à peu cet Etat.

Progressivement, j’ai esquissé ce que serait le fonctionnement d’un pays dont l’Etat ne serait plus défini par ce principe de la souveraineté absolue, au profit d’un autre principe, celui de la garantie des droits des individus.

C’est un autre modèle de société qui émerge et une conception de la démocratie entièrement nouvelle. Un pays n’est plus une nation dans laquelle la majorité exerce une tyrannie sans partage sur l’ensemble des citoyens, mais un ensemble de communautés libres, qui organisent leur existence comme elles l’entendent, en mettant en commun ce qui leur permettrait de défendre leur mode de vie, leur indépendance et de garantir leur sécurité intérieure et extérieure.

Dans un tel modèle, il n’y a plus d’Etat providence, car la solidarité entre les personnes s’exerce au niveau des communautés, chaque donateur étant parfaitement informé de l’identité des personnes qui font l’objet de sa générosité et chaque fondation ou chaque mutuelle étant gérée par des personnes qui se connaissent entre elles et qui connaissent les bénéficiaires de leurs prestations.

Place à la souveraineté limitée des Etats, à leur remplacement par des communautés libres, qui mettent en commun ce qui leur semble utile, sans pour autant que les regroupements soient nécessairement organisés autour des frontières nationales actuelles.

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